Où l’on apprend que Néandertal connaissait l’aspirine.

2017, Australie. Le bruit d’une fraise de dentiste résonne dans le laboratoire de Laura Weyrich. La biologiste aurait-elle changé de métier ? Que nenni !

Elle s’attaque au tartre qui recouvre les dents d’un jeune Néandertalien, un fossile daté de plus de 40 000 ans… Mais que cherche-t-elle ?

Retrouvée dans la grotte espagnole d’El Sidrón, la dent de ce jeune adulte se révèle être une mine d’informations pour la chercheuse. La plaque dentaire fossilisée conserve en effet une trace ADN de ce qu’a pu consommer le jeune homme.

Mâchoire supérieure du Néandertalien d’El Sidron : un dépôt de calcul dentaire est visible sur la molaire arrière (à droite), photo : © Paléoanthropologie Groupe MNCN-CSIC

Et là, surprise : les résultats bousculent l’image poussiéreuse de Néandertal. Il consommait végétaux, pignons de pin, mousse et champignons… Bref, son régime alimentaire était loin de se limiter à la viande.

Mais certaines des plantes identifiées intriguent particulièrement Laura Weyrich : des traces de bourgeons de peuplier et d’un champignon appelé penicillium. Étrange, quand on sait que ces deux plantes ont un goût amer fort désagréable et n’ont qu’une faible valeur nutritive. Alors pour quelle raison le jeune Néandertalien en aurait-il consommé ?

Le régime alimentaire de Néandertal était largement composé de végétaux et de champignons, photo : Andres Diaz/CSIC Communication

Le mystère se dissipe lorsque l’on découvre que le Néandertalien souffrait d’un abcès dentaire et d’une diarrhée provoquée par un parasite intestinal.

Or, les bourgeons de peuplier contiennent de la salicine, métabolisée par le foie en acide salicylique, le principe actif de l’aspirine. Et le penicillium possède des propriétés antibactériennes à l’origine de la pénicilline. Simple hasard ou Néandertal se soignait-il sciemment ?

Populus balsamifera, le bourgeon d’un peuplier, 2006, photo : Matt Lavin

Pour Laura Weyrich, cela ne fait aucun doute : la présence simultanée chez un même individu d’une maladie et de l’ADN d’une plante-médicament indique la pratique d’une médication.

À bas les clichés donc, Néandertal se soignait par les plantes. Sa connaissance de ces dernières lui aura permis de découvrir la pénicilline… 40 000 ans avant Alexander Fleming !

Laura Weyrich dans son laboratoire de l’Université d’Adélaïde, photo : © Université d’Adélaïde

 

Article original : http://newsletters.artips.fr/Sciencetips/Weyrich_Neandertal/

Où l’on apprend que Néandertal connaissait l’aspirine.

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